LES SANTONS DE PROVENCE


  Au pied des Monts du Vaucluse, Yves Michel n'est pas un santonnier ordinaire. Non seulement il crée ses petits personnages dans l'argile de sa colline, mais en plus il les raconte. On vient parfois de très loin pour écouter ces histoires qui nous transportent dans un monde aujourd'hui disparu. "Chacun possède sa petite idée sur le santon mais tout ça reste, la plupart du temps, très vague. Et les gens du pays sont souvent les plus mal informés. Ils croient savoir. Comme ces parisiens qui ne sont jamais montés sur la tour Effeil et qui vous en parlent avec beaucoup d'assurance et d'autorité.
"Le santon, représentation de personnages types de notre pays, aux caractères bien définis, avec leurs qualités et leurs défauts d'hommes et de femmes, est en quelque sorte le détenteur de notre vieille civilisation provençale, le garant de notre culture. Il reflète, aussi, un certain art de vivre qu'on a presque fini par oublier, prisonnier que nous sommes de la vie moderne et de sa course effrénée vers des mirages qui s'enfuient devant nous.
"Tout cela, bien sûr, indissociable de la parole. Car le personnage d'argile en lui même n'est rien si on ne parle pas de lui, si la mémoire populaire disparaît. Dans le temps, les grand-mères s'asseyaient près de la crèche, prenaient les petits enfants sur les genoux, et racontaient. Inventaient. Mais avec l'invention toute simple des gens qui sont restés purs; une invention qui puisait simplement dans la vie quotidienne. Pour évoquer le petit sujet d'argile représentant le meunier il suffisait de faire allusion au meunier du village. Pareil pour le rémouleur ou le maréchal ferrant.



"Regardez-les, tous ces petits bonhommes, imaginez un instant qu'ils s'animent, qu'ils sont vivants, et vous comprendrez qu'il fait bon vivre dans ce village où tout le monde se connaît, où l'amitié et les fâcheries gardent une mesure humaine. Voici mon arrière-grand-père, pêcheur de sorgue; sa femme qui vendait le poisson sur la place de l'église; mon grand-père, chasseur et braconnier; mon cousin boulanger; mon ami le gitan qui s'arrête ici chaque année en descendant aux Saintes-Marie-de-la-Mer. Oui, pour moi, je connais intimement chacun de ces personnages. D'ailleurs, si je ne les connaissais pas, ils n'arriveraient jamais sur ma table de travail. "Ici, tout a sa juste mesure. Le riche est riche parce qu'il a planté des oliviers et de la vigne, et le pauvre ne va jamais jusqu'à la misère. Quel joli monde que le monde des santons! Les méchants deviennent bons, les avares ouvrent leur bourse, les ennemis se réconcilient.



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